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Les « Palestine Papers » confirment la stratégie israélienne du refus
Jonathan Cook

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9 février 2011

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Les premiers parmi des centaines de documents palestiniens confidentiels qui sont l’objet d’une fuite ont confirmé les soupçons d’un nombre grandissant d’observateurs : les acteurs du refus dans le processus de paix, c’est du côté israélien, pas palestinien, qu’on les trouve.


Depuis plus de dix ans, depuis l’échec des pourparlers de Camp David en 2000 le mantra de la politique israélienne n’a pas changé : "Il n’y a pas de partenaire palestinien pour la paix"
 
 
Cette semaine, les premiers parmi des centaines de documents palestiniens confidentiels qui font l’objet d’une fuite ont confirmé les soupçons d’un nombre grandissant d’observateurs : les acteurs du refus dans le processus de paix, c’est du côté israélien, pas palestinien, qu’on les trouve.
 
 
Certains des papiers les plus révélateurs, sortis en même temps par la télévision Al Jazeera et le journal britannique le Guardian, datent de 2008, une période relativement porteuse d’espoir dans les récentes négociations entre Israël et les Palestiniens.
 
 
A l’époque, Ehud Olmert était le premier ministre d’ Israël et il s’était publiquement engagé à la recherche d’un accord sur l’Etat palestinien. Il était soutenu par l’administration de George W. Bush, aux Etats-Unis, qui avait relancé le processus de paix à la fin de 2007 en accueillant la conférence d’ Annapolis.
 
 
Les papiers montrent que, dans ces circonstances favorables, Israël refusa une série de concessions très importantes offertes par l’équipe de négociateurs palestiniens lors des mois suivants, sur les questions les plus sensibles des pourparlers.
 
 
Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a tenté sans convaincre de nier la véracité des documents, mais les responsables israéliens ne sont pas venus à son aide, ce qui ne l’a pas aidé. D’après les documents, le compromis le plus significatif offert par les Palestiniens — une "trahison" comme beaucoup de Palestiniens l’appellent — concernait Jérusalem.
 
 
Au cours d’une série de réunions pendant l’été 2008, les négociateurs palestiniens ont accepté l’annexion par Israël de larges portions de Jérusalem-Est, y compris toutes les colonies juives de la ville sauf une et des parties de la Vieille ville elle même. Il est difficile d’ imaginer comment le patchwork d’ enclaves palestiniennes qui en aurait résulté à Jérusalem, entouré de colonies juives, aurait jamais pu jouer le rôle de capitale du nouvel Etat de Palestine.
 
 
Précédemment, aux discussions de Camp David, selon des documents officiels israéliens objets de fuites dans Haaretz en 2008, Israël avait proposé quelque chose de très semblable pour Jérusalem : le contrôle par les Palestiniens de ce que l’on appelait alors de "bulles" territoriales.
 
 
Dans les discussions plus récentes, les Palestiniens ont aussi montré qu’ils acceptaient de renoncer à l’exigence de souveraineté exclusive sur le lieu explosif de la Vieille ville, le Haram al-Sharif, l’esplanade sacrée qui inclue la mosquée al-Aqsa et est flanquée du mur des Lamentations. A la place, un comité international pour superviser la zone se voyait proposé. C’était probablement la plus grande concession de toutes – le contrôle de l’esplanade est la question qui a fait « péter » les pourparlers de Camp David , selon un responsable israélien qui y était présent.
 
 
Saeb Erekat, le négociateur en chef de l’OLP, aurait promis à Israël "le plus grand Yerushalayim de l’ histoire" – utilisant le mot hébreu pour Jérusalem – alors que son équipe renonçait effectivement à des droits palestiniens inscrits dans le droit international. Mais les concessions ne s’arrêtèrent pas là.
 
 
Les Palestiniens acceptèrent des échanges de territoire pour permettre de loger en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, 70 % des 500 000 colons juifs, et ils acceptèrent de renoncer aux droits de tous les réfugiés palestiniens à l’exception de quelques milliers.
 
 
L’Etat palestinien devait aussi être démilitarisé. Dans l’un des papiers qui relatent les négociations en mai 2008, Erekat demande aux négociateurs israéliens "sauf à avoir vos avions de chasse dans mon ciel et votre armée sur mon territoire, je peux choisir où j’exerce la défense extérieure ? " La réponse israélienne fut un "non" catégorique.
 
 
Information intéressante,les négociateurs palestiniens auraient accepté de reconnaître Israël comme « Etat juif », —une concession maintenant présentée par Israël comme l’un des obstacles principaux à un accord. Israël était aussi déterminé à ce que les Palestiniens acceptent un échange de territoire qui transfèrerait dans le nouvel Etat palestinien une petite partie du territoire israélien, et avec lui environ un cinquième des citoyens palestiniens d’Israël, qui sont 1.4 million.
 
 
Cette exigence fait écho au "transfert de population" proposé depuis longtemps par Avigdor Lieberman, le ministre israélien des Affaires étrangères, d’extrême droite.
 
 
Les « Palestine Papers », comme on les nomme, appellent une sérieuse réévaluation de deux considérations récurrentes — et erronées – que font beaucoup d’observateurs occidentaux à propos du processus de paix.
 
 
Le premier concerne le rôle auto-proclamé des Etats-Unis comme honnête parrain. Ce qui transparaît dans ces documents est la réticence des responsables états-uniens à exercer des pressions réciproques sur les négociateurs israéliens, alors que l’équipe palestinienne faisait d’énormes concessions sur les questions clé. Les "exigences" d’Israël sont toujours considérées comme absolues.
La deuxième est l’idée que les discussions de paix sont tombées dans l’oubli à cause surtout de l’élection il y a deux ans d’un gouvernement israélien de droite dirigé par Benjamin Netanyahu. Il s’est attiré des critiques internationales parce qu’il a refusé de prêter plus qu’un intérêt de forme à l’Etat palestinien.
 
 
Le but des Américains —au moins dans les premiers stades du mandat de Netanyahu – était de le contraindre à faire entrer dans sa coalition Tzipi Livni, dirigeante du parti centriste d’ opposition Kadima. Elle est toujours considérée par beaucoup comme la personnalité favorable à la paix la plus crédible d’Israël.
 
 
Mais Livni, qui fut ministre des Affaires étrangères d’Olmert, se révèle dans les papiers avoir été une négociatrice inflexible, méprisant les énormes concessions faites par les Palestiniens. A un moment clé, elle rejette l’offre des Palestiniens après leur avoir dit : "J’apprécie vraiment."
 
 
Pour Livni, ce qui coinçait c’était une poignée de colonies en Cisjordanie que les négociateurs palestiniens refusaient de céder à Israël. Les Palestiniens se plaignent depuis longtemps que les deux principales colonies — Maale Adumim, près de Jérusalem, et Ariel, près de la ville palestinienne de Naplouse – couperaient complètement la Cisjordanie en trois cantons, détruisant tout espoir de contiguïté territoriale.
 
 
L’insistance de Livni à ne pas lâcher sur ces colonies – après tous les compromis faits par les Palestiniens – laisse entendre qu’il n’existe aucun dirigeant israélien qui soit prêt à arriver à un accord de paix ou qui en soit capable – à moins que, bien sûr, les Palestiniens ne se couchent devant presque toutes les exigences israéliennes et qu’ils ne renoncent à leur Etat.
 
 
L’un des « Palestine Papers » cite Erekat, exaspéré, qui demande à un diplomate américain l’an dernier : "Qu’est ce que je peux donner de plus ?"
 
 
L’homme qui a la réponse est peut-être Lieberman, qui a révélé cette semaine sa propre carte de l’Etat palestinien. Il concédait un Etat provisoire sur moins de la moitié de la Cisjordanie.
 
 
Article original publié dans le National, Abu Dhabi.
publié par Electronic Intifada le 25 janvier 2011
traduction : C. Léostic, Afps


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