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26 avril 2012

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C’est la première interview de Hassan Nasrallah depuis 2006, laissant ainsi la parole à un homme que nos médias occidentaux qualifient de terroriste, fanatique, musulman intégriste, etc… Cette interview a déclenché une tempête médiatique où de nombreux médias ont tenté de décrédibiliser Julian Assange, le traitant de traître et d’idiot

 

L’interview est en anglais et je me suis permis d’en traduire quelques passages ci-dessous. Cette traduction est perfectible, n’hésitez pas à m’indiquer (dans les commentaires) les erreurs que vous détecterez…

La version complète de l’interview est disponible en anglais ICI

Interrogé sur la position du Hezbollah sur Israël, Nasrallah a rappelé que « l’occupation de la Palestine demeurait illégale » et que la seule issue était un État unique démocratique.

 

Hassan Nasrallah : « L’Etat d’Israël n’en est pas un, c’est un état illégal, c’est un état qui a été établi en occupant les terres d’autrui, en usurpant les terres des autres, en contrôlant par la force les terres des autres, en commettant des massacres contre les Palestiniens qui ont été expulsés, musulmans et chrétiens. Pour cette raison, la justice demeure et restera du même coté et le temps ne changera pas la justice, ne niera pas la justice.
Si je viens occuper votre maison par la force, elle ne deviendra pas mienne après 50 ou 100 ans juste parce que je suis le plus fort. C’est notre point de vue logique et juridique, et nous croyons que la Palestine appartient au peuple palestinien.(…)

Nous ne voulons tuer personne, nous ne voulons traiter personne injustement, nous voulons restaurer la justice et la seule solution est d’établir un Etat sur le territoire de la Palestine, dans lequel les musulmans, les juifs et les chrétiens vivent en paix dans un Etat démocratique. Toute autre solution n’est tout simplement pas viable et ne peut pas être soutenue.

Julian Assange : Israël affirme que le Hezbollah a tiré des roquettes sur des zones civiles, est-ce vrai ?

Hassan Nasrallah : Tout au long des dernières années, même depuis 1948, lorsque l’Etat d’Israël a été créé sur la terre de Palestine, les forces israéliennes ont bombardé des civils, des civils libanais, des villes et des villages libanais. Dans les années de résistance, de 1982 à 1991, après dix ans de résistance, nous avons commencé la réaction, mais uniquement et strictement pour empêcher Israël de bombarder nos civils. En 1993, il y a eu une entente indirecte entre la résistance, le Liban et Israël, cette entente a été réaffirmée en 1996, elle précisait clairement que les deux parties devaient éviter les bombardements civils et nous avons toujours l’habitude de dire « si vous ne bombardez pas nos villages et nos villes alors vous n’avez rien à craindre pour vos villages et vos villes ». C’est un principe que le Hezbollah respecte après de longues années d’agression contre les civils libanais et son objectif est de créer une sorte d’équilibre de dissuasion pour empêcher Israël de tuer des civils libanais.(…)

Quant à la situation en Syrie, il affirme que son mouvement a tenté de favoriser le dialogue.

Hassan Nasrallah : En Syrie tout le monde sait que le régime de Bachar al-Assad a soutenu la résistance au Liban, a soutenu la résistance en Palestine, et qu’il n’a pas reculé face à la pression israélienne et américaine. Ainsi c’est un régime qui a très bien servi la cause palestinienne. Ce que nous appelons en Syrie, c’est le dialogue pour des réformes. (…) Les autres solutions poussent la Syrie à la guerre civile et c’est exactement ce que l’Amérique et Israël veulent pour la Syrie.

Julian Assange : Sayyed ce week-end plus de 100 personnes ont été tuées à Homs, y compris une journaliste avec qui j’ai dîné il y a un an, Mary Colvin. Je peux comprendre votre logique de dire qu’il n’y a aucune raison valable pour détruire un pays et que c’est beaucoup mieux de faire des réformes, si possible. Mais est-ce que le Hezbollah a une ligne rouge ? Si 100 000 personnes sont tuées, un million de personnes tuées ? Quand est-ce que le Hezbollah dira que c’est assez ?

Hassan Nasrallah : Depuis le début des événements en Syrie, nous avons eu des contacts constants avec les dirigeants syriens et nous avons parlé comme des amis, en donnant à chacun des conseils sur l’importance de mener des réformes dès le début. Personnellement, j’ai trouvé que le président Assad était très disposé à procéder à des réformes radicales et importantes. (…) Je suis persuadé que le président Assad veut la réforme et va procéder à des réformes, réalistes et véritables, mais l’opposition doit accepter des négociations.

Je vais dire plus que cela, et c’est la première fois que je vais dire ceci, nous avons contacté des éléments de l’opposition afin de les encourager et faciliter le processus de dialogue avec le régime syrien, mais ces partis ont rejeté le dialogue. Dès le début il y a un régime disposé à faire des réformes et préparé au dialogue, tandis que de l’autre côté il y a une opposition qui rejette ce dialogue et dont le seul but est de faire tomber le régime. C’est ça le problème.

Une autre chose se passe en Syrie et doit être regardée avec les deux yeux, pas seulement avec un seul. Les groupes armés en Syrie ont également tué de très nombreux civils.

Julian Assange : Pour vous, comment va évoluer la situation syrienne ? Que devrions-nous faire pour arrêter le massacre en Syrie ? Vous avez parlé de dialogue et c’est très facile de parler de dialogue, mais y a t-il des mesures concrètes pour mettre fin à l’effusion de sang qui se produit en Syrie ?

Hassan Nasrallah : Dans la question précédente, il y a quelque chose que je n’ai pas mentionné, mais je vais l’ajouter à cette réponse. Certains pays, arabes ou occidentaux, financent, arment l’opposition et encouragent les combats à l’intérieur de la Syrie. Certains d’entre eux sont des pays arabes et il y a aussi des pays non arabes.(…)

Ces pays qui fournissent des armes et de l’argent à l’opposition sont en mesure d’obtenir de ces groupes qu’ils s’assoient à une table pour régler les choses politiquement.(…)

Julian Assange : Sayyed, en tant que leader dans la guerre comment avez-vous réussi à garder votre peuple uni face au feu de l’ennemi ?

Hassan Nasrallah : La principale chose qui nous lie, c’est notre objectif bien défini. Cet objectif est basé sur la foi en l’humain, la morale et le patriotisme. Il n’y a pas de débat à ce sujet. Cet objectif est de libérer notre terre de l’occupation. Il s’agit de la raison initiale, la vraie raison pour laquelle le Hezbollah a été créé et il n’y a pas de différend à ce propos entre les libanais. Nous, nous ne voulions pas être, nous ne voulions pas entrer dans le gouvernement, nous ne sommes pas en compétition pour le pouvoir politique. Notre première entrée dans le gouvernement libanais était en 2005 et l’objectif était de protéger la résistance de sorte que ce gouvernement, le gouvernement qui a été mis en place en 2000, ne fasse aucune erreur contre la résistance, nous avons eu des craintes de ce type et c’est notre priorité. Je fuis toutes les autres rivalités pour cet objectif (…). Vous pouvez voir qu’il y a beaucoup de questions au Liban pour lesquelles il y a de grandes divergences et où nous évitons d’exprimer notre point de vue afin de ne pas nous impliquer dans des querelles avec le peuple. Notre priorité est toujours la libération de notre terre et la protection du Liban contre la menace israélienne parce que nous croyons que le Liban est encore menacé.

(…)

Julian Assange : Mais j’ai une question très provocatrice, qui n’est pas politique. Vous avez lutté contre l’hégémonie des États-Unis. N’est-ce pas Allah ou la notion d’un dieu possédant la superpuissance ultime ? Et ne devriez vous pas en tant que combattant de la liberté chercher également à libérer le peuple de la conception totalitaire d’un dieu monothéiste ?

Hassan Nasrallah : Nous croyons que Dieu Tout-Puissant est le créateur de cette existence, des êtres humains et de toutes les créatures. Quand il nous a créés, il nous a donné des capacités, il nous a donné ce corps, il nous a donné des aptitudes psychologiques et spirituelles – que nous appelons instinct. Les gens dans l’ignorance des lois religieuses ont un instinct, ils ont un instinct de dire la vérité, ils ont cet instinct… Leur instinct leur dit que la vérité est bonne, que le mensonge est mauvais, que la justice est bonne que l’injustice est mauvaise, que d’aider les gens pauvres et des personnes injustement traitées et se défendre est une bonne chose, mais attaquer les autres et verser leur sang, c’est horrible. La question de résister à l’hégémonie américaine ou de résister à l’occupation ou de résister à toute attaque contre nous ou contre notre peuple, il s’agit d’un problème d’instinct et de morale. Maintenant Dieu a aussi voulu que ce sens moral et les principes humains soient en accord avec la loi des Cieux, d’une part parce que les religions d’Abraham sont venues sans contredire l’esprit et sans brider l’instinct humain, mais aussi parce que le créateur de la religion est le même que le créateur des êtres humains. Ces deux arguments sont complètement en accord. Dans n’importe quel pays ou maison, la recette de la ruine est d’avoir deux leaders, comment l’univers aurait pu exister pendant ces milliards d’années dans une telle harmonie en ayant plus d’un dieu. S’il y avait plus d’un dieu, il aurait été jeté en morceaux. Ainsi nous avons la preuve, nous ne combattons pas pour imposer une croyance religieuse sur quiconque. Le prophète Abraham a toujours été en faveur du dialogue en montrant des preuves et nous étions tous là, nous étions déjà tous les disciples de ce prophète.

 

Source : JulG7



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